Les agrumes



Naissance d’un partenariat


En 2017 les Paniers Marseillais étaient à la recherche d’un nouveau partenariat agrumes.
C’est Emmanuelle Hellio, co-présidente du paniers de La Plaine du Mont, qui avait proposé de s’adresser à Sos Rosarno, en Italie. Simple adhérent, italien, j’avais donc commencé à faire le lien (la traduction) entre les Pama et Sos Rosarno.

L’an dernier, les quatre premières livraisons. Ça a été une très bonne saison : des agrumes de grande qualité et des adhérents très contents de la variété. D’où la décision de répliquer cette année.


Grâce à ce partenariat, j’ai commencé à mieux comprendre « les faits de Rosarno ». Avant, j’avais certes suivi ce qui s’était passé à Rosarno, là d’où viennent nos agrumes. Mais trop superficiellement. En travaillant à ce partenariat, je me suis rendu compte que Rosarno et l’histoire de nos oranges représentent peut-être un tournant central dans l’histoire récente de mon pays. Et pas que.

HISTOIRES D’UNE ORANGE


A Rosarno, dans la Plaine de Goia Tauro, en Calabre, dans la pointe de la Botte, une rumeur se propage début janvier 2010 : un Africain aurait été assassiné par des hommes armés d’un fusil. La colère gronde.

Le 7 janvier des dizaines d’hommes, tous d’origine africaine, manifestent dans les rues de Rosarno contre les violences racistes, contre le régime d’exploitation et de discrimination auquel ils sont soumis. La riposte de la police est dure et violente, la manifestation vire à l’émeute, deux mille Africains sont dans la rue à Rosarno.

Les jours qui suivent, Rosarno est un champ de bataille, où les Blancs, simples citoyens, mettent en œuvre une chasse à l’homme, un « nettoyage ethnique » comme l’ont défini certains chroniqueurs, contre ces Noirs qui ont osé se rebeller.

Plus de cinquante blessés (Africains, policiers, Italiens), pas de morts.
La rumeur initiales n’était vraie qu’en partie : des Italiens avaient effectivement tiré avec un fusil à air comprimé sur trois immigrés d’origine africaine la nuit du 6 janvier en les blessant gravement. Pas de mort, donc, mais c’est l’énième agression à caractère raciste que des immigrés subissent dans le coin.

La révolte de Rosarno est un éclat de dignité.


Que font ces hommes noirs dans le Sud de l’Italie, qui se déplacent dans des camionnettes surchargés, à vélo ou à pied sur des routes dangereuses ? Tout le monde le sait, tout le monde l’ignore : ils travaillent dans les champs, d’agrumes en Calabre, de tomates dans les Pouilles et en Campanie. Ils travaillent douze heures par jour, pour environ 25 euros la journée.

C’est la tomate que nous achetons en supermarché, les oranges que nous trouvons chez le marchand du coin. Ils vivent dans des baraquements réalisés en tôle et le plus souvent loin des villes. Ils sont soumis à l’autorité d’un caporale, tantôt un Blanc tantôt un Noir, qui assure les déplacements en voiture et qui fait d’intermédiaire entre les travailleurs et l’exploitant. C’est le caporale qui embauche au bidonville au petit matin, c’est lui qui ramène le soir, c’est lui qui gère la paie.

C’est ce que l’on appelle le caporalato.
 La mafia ? Difficile de dire dans quelle mesure les organisations de la ‘Ndrangheta (mafia calabraise) sont complices de ce système. Elles ne sont sans doute pas directement responsables de ce mode de production, mieux vaut pour elles conclure des affaires bien juteuses avec des secteurs de l’économie du Nord de l’Italie, de la France et de l’Allemagne.

Toutefois, les clans ont tout intérêt à ne pas bouleverser la forte concentration de propriété foncière et l’ordre social qui assure leurs soutiens.
La campagne de Sos Rosarno, nos partenaires
Suite aux « faits de Rosarno », des militants et des paysans de la Plaine de Goia Tauro choisissent de réagir. La coopérative Mani e Terra, qui réunit depuis quelques années des agriculteurs qui ont choisit un modèle agricole alternatif à la monoculture intensive, lance la campagne Sos Rosarno. L’objectif : produire et vendre des agrumes biologiques produits dans le respect des contrats de travail, de la légalité et de la dignité de tous les travailleurs et travailleuses. Nino Quaranta e Peppe Pugliese sont à l’origine de l’initiative. En tout, une dizaine de coopérateurs travaillent à Mani e Terra.

Leur vision de la production des agrumes est ici: https://youtu.be/fDQ2zm3_geg. 
Leur site ici : http://www.sosrosarno.org

Une goutte dans la mer ?

Nino Quaranta de Sos Rosarno dit souvent que ce qu’ils font représente une goutte dans la mer face aux injustices propres aux système de production agroalimentaire. Mais il faut bien commencer quelque part. Et leur travail se situe à la croisée de l’agriculture biologique, de la question migratoire, de la question des
conditions de travail et des modes de production. De quoi enrichir nos réflexions ...